Une très courte note sur un problème posé par une dénomination de non-mixité : la non-mixité « meufs / gouines / trans ».

Il s’agit d’une formulation de plus en plus fréquente dans le paysage féministe « alterno ». Cette non-mixité s’applique à de nombreux collectifs, lieux et événements. Sauf que l’intituler de cette façon, ça craint.

Parler des personnes trans en les séparant des femmes et des gouines/lesbiennes, ça sous-entend en premier lieu qu’aucune femme ou gouine/lesbienne n’est trans, que ces catégories sont  distinctes les unes des autres et mutuellement exclusives.

Or, il y a beaucoup de femmes trans, de lesbiennes trans qui ne se définissent pas seulement (voire pas du tout) par rapport au fait d’être trans, et/ou qui préfèrent plutôt mettre en avant leur statut social de femme ou de lesbienne, pour des raisons qui ne regardent qu’elles.

Cette formulation a aussi le désavantage majeur de confondre artificiellement hommes trans et femmes trans en une catégorie homogène, comme si on avait tout à fait le même vécu et la même place dans la société du fait d’être trans. Alors qu’en temps que femme trans, j’ai un vécu quotidien souvent plus proche de celui d’une autre femme, même cis, que de celui d’un mec, même trans.

Faire de cette manière abstraction des rapports sociaux de sexe en assignant d’office les personnes trans à un prétendu « au-delà du genre », c’est transphobe, mais c’est aussi et surtout une erreur politique.

Pour une formulation plus respectueuse, et aussi plus claire :

-> non-mixité femmes (cis et trans), lesbiennes (cis et trans) et mecs trans

(c’est quand même très long)

Plus simple :

-> non-mixité sans mec cis (c’est-à-dire sans les personnes assignées au genre masculin à la naissance et ayant choisi d’y rester)

-> Pour une non-mixité sans mec tout court il suffira de dire « non-mixité lesbiennes et femmes (cis et trans) ».

Bien sûr, le vocabulaire ne fait que traduire des rapports sociaux et des problèmes politiques plus profonds.  Ce qui m’agace fondamentalement dans toute cette histoire, c’est que l’inclusion systématique des hommes trans aille de plus en plus de soi dans des espaces féministes alternoïdes qui se déclarent pourtant non-mixtes. J’essaierai de revenir bientôt en détail là-dessus.

En attenant je vous conseille de poursuivre la réflexion en allant lire cet article chez la Petite Murène, même si je ne suis pas d’accord avec tout : http://lapetitemurene.over-blog.com/pages/meufs-gouines-t-oups-l-auto-arnaque-du-genre-en-milieu-feministe-f-t-s-inclusives-radfem-9011476.html

Projection d’un film retraçant l’histoire de Gwen Araujo, assassinée en 2002 car elle était trans.

Chaque 20 novembre, la journée internationale du TDoR (Transgender Day of Remembrance) dénonce les violences subies par les personnes trans et rend hommage aux personnes trans assassinées au cours de l’année (au moins 226 en 2014).

Rappelons que la transphobie n’est toujours pas reconnue comme circonstance aggravante de ces crimes, contrairement à l’homophobie.

Face à la transphobie, ni oubli, ni pardon

Jeudi 20 novembre à La Plume Noire
(8, rue Diderot – Lyon 1er)

Ouverture des portes à 19 heures, Projection à 20 heures

Table de presse

Projection à prix libre

Organisée par le collectif libertaire pour le TDoR

Araujo 2

Je reproduis ici le tract fédéral de la Coordination des Groupes Anarchistes à l’occasion de la 18ème manifestation Existrans. Le tract mis en page est trouvable ici : http://cgalyon.ouvaton.org/spip.php?article60

Le 18 octobre aura lieu pour la 18ème fois l’Existrans, afin de revendiquer des droits pour les personnes trans. En effet, celles-ci sont obligées d’affronter un véritable parcours du combattant pour accéder aux traitements médicaux (notamment hormones et chirurgie) leur permettant de changer leur corps, ou encore pour accéder à un changement d’état-civil et se voir délivrer des papiers d’identité au genre dans lequel elles vivent.

Cette transphobie d’État relaie et renforce la transphobie causée par un système patriarcal, qui perpétue l’idée qu’être homme ou femme est un fait de nature, causé par la génétique, alors qu’il s’agit de constructions sociales, de rapport d’oppression entre un groupe dominant et un groupe dominé.

Cette transphobie ambiante engendre une situation de grande précarité pour les personnes trans, qui ont beaucoup de difficultés à trouver un travail ou à avoir un accès à la santé. Par ailleurs les personnes trans subissent des violences, que ce soit dans la rue, au travail, dans la famille ou dans le couple, par la police, dans les prisons, etc.

Les discours et les actes transphobes peinent souvent à être largement dénoncés : ainsi faut-il rappeler que lorsque les réactionnaires de la Manif pour tous brandissent des pancartes « Ma maman s’appelle Robert », ou que les fascistes délirent à propos de la « théorie du genre » et des garçons transformés en filles dans les écoles maternelles, il s’agit d’attaques dirigées en premier lieu vers les personnes trans. Pour autant, nombre d’universitaires défendant les études de genre (gender studies) continuent à passer cette violence transphobe sous silence, quitte à avancer l’argument selon lequel il n’est pas question de nier les différences biologiques entre hommes et femmes.

Cette situation est d’autant plus préoccupante pour les personnes qui subissent plusieurs oppressions. Ainsi les personnes trans blanches et issues de milieux bourgeois peuvent avoir accès à des ressources pour affronter la transphobie qu’elles subissent. C’est plus compliqué pour celles qui ont aussi le statut de femmes, de sans-papiers, de précaires, etc. Également pour les femmes non blanches et prostituées, qui ont beaucoup plus de risques d’être assassinées ou de finir en prison.

Par conséquent, si nous soutenons des luttes pour des mesures législatives concrètes, comme un changement d’état-civil simplifié ou une meilleur prise en compte par les médecins, nous estimons que, seules, elles seraient insuffisantes, et qu’il est aussi capital de lutter pour la régularisation de tou·te·s les sans-papiers, contre ce système raciste et néocolonial, contre le capitalisme qui engendre l’exploitation et la précarité, et contre le patriarcat qui est la cause du sexisme, de l’homophobie et de la transphobie.

En tant qu’anarchistes, nous pensons que seules la lutte et l’autogestion nous permettront de sortir d’un tel système, que ses dirigeants ont tout intérêt à préserver. Nous avons conscience qu’une telle auto-organisation ne peut être réellement effective qu’à condition que les personnes marginalisées puisse prendre pleinement leur place dans les organisations militantes de leur choix et dans les luttes… Il est par conséquent nécessaire de lutter au quotidien contre la transphobie, le sexisme, le racisme, l’homophobie, toutes les oppressions et tous les systèmes de domination.

Nous vous appelons donc à participer à la marche de l’Existrans samedi 18 octobre à 14h, départ à Stalingrad (à Paris)

À SAVOIR

Une personne trans est une personne qui vit dans un genre différent de celui qui lui a été assigné à la naissance. Un homme trans est donc un homme qui, à sa naissance, a été étiqueté « F », alors qu’une femme trans est une femme qui, à sa naissance, a été étiquetée « M ». À l’inverse, une personne cis est une personne qui n’est pas trans, c’est-à-dire qui vit dans le même genre que celui qui lui a été assigné à la naissance. Un changement d’état-civil est l’acte de changer le prénom et/ou le sexe mentionné sur son état-civil (et, par conséquent sur les documents officiels comme la carte d’identité, de sécurité sociale, etc.). À l’heure actuelle, les personnes trans qui désirent un tel changement sont soumises à l’arbitraire des juges : en effet, une circulaire préconise le changement du sexe à l’état-civil à partir du moment où il y a « irréversibilité », notion qui reste soumise à l’interprétation de chaque juge, la plupart continuant à exiger des opérations chirurgicales. En théorie, les personnes trans ont le droit, comme tout le monde, de choisir leur médecin. Cependant, le fait que de nombreux médecins n’acceptent pas de suivre des personnes trans et que certaines équipes hospitalières s’autoproclament expertes du sujet conduit de fait un grand nombre de personnes trans à devoir passer par des psychiatres et endocrinologues désignés par les équipes en question .

Cela fait un bail que je suis régulièrement tentée d’écrire quelque chose de neuf par ici, et j’avais bien envie de mettre au propre quelques réflexions, partagées avec quelques autres personnes, sur la manière dont le contexte politique actuel fait que les questions trans sont en train de devenir un petit tas de poussière bien caché sous le tapis. Plus précisément, à partir des ripostes récentes aux différentes offensives fachos (focalisées autour de la notion de genre et de la question de l’IVG), j’aimerais qu’on réfléchisse un peu à comment les personnes trans et leurs luttes sont systématiquement passées à la trappe par presque tout le mouvement féministe et LGB.

Je suis tombée récemment sur cet article : http://www.leparisien.fr/politique/theorie-du-genre-a-l-ecole-polemique-autour-de-la-disparition-d-un-sitie-06-02-2014-3565975.php

Soit un texte (médiocre au demeurant) parmi d’autres qui rend compte de la montée en puissance et de la banalisation des discours fachos et réacs, concentrés ici sur la fameuse menace de la « théorie du genre ». Le détail qui m’a frappée est cette phrase :

Dans le viseur du cadre de l’UMP, un tableau et un texte selon lesquels, pour certaines personnes, «le sexe biologique et l’identité de genre ne (coïncident) pas». Autant de «preuves» que la gauche chercherait, selon lui, à dissimuler en «caviardant» le site.

Si vous avez bien suivi, c’est donc le moment où on nous explique que les réacs s’indignent de voir expliqué, sur le site d’une plateforme téléphonique d’écoute pour jeunes LGBT, que la correspondance entre sexe biologique et sexe social (ou genre) ne va pas de soi, et qu’il existe des personnes trans. C’est même le seul point à être repris du communiqué du type de l’UMP.

Or, devinez quoi ? Dans tout le reste de l’article, pas une seule occurrence des mots « trans » ou « transphobie ». On revient à la notion d’homophobie et d’orientation sexuelle, plus usitée, moins bizarre, mieux connue du grand public, peut-être un tant soit peu plus acceptable. Ou comme si l’existence des personnes trans n’était pas défendable en tant que telle. Alors évidemment, ce n’est pas comme si ça m’étonnait que les médias dominants ne comprennent rien à rien et pondent des articles superficiels. Le problème, c’est qu’ils ne sont pas les seuls.

Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais la déferlante facho-réac focalisée sur la « menace gender » comporte bel et bien une forte composante intrinsèquement transphobe. J’espère qu’il ne viendrait à personne l’idée de le nier : vous n’avez qu’à retourner voir les pancartes dégueulasses de LMPT à base de « au secours maman a un zizi », ou les élucubrations des débiles complotistes pour qui il est question de convaincre massivement les gamins de maternelle et de primaire de transitionner, si vous voulez vous convaincre.

Cette transphobie primaire est massive et constante, bien à l’oeuvre dans tous les discours fachos sur la grande menace que constitue la « théorie du genre ». Ce n’est pas une caractéristique secondaire ou annexe : c’est définitivement un axe de bataille idéologique des fafs, même s’ils ne s’emparent pas encore concrètement des thématiques trans en tant que telles (par exemple : on n’a pas encore vu Civitas manifester contre la simplification du changement d’Etat-civil, ce qui est logique vu que le gouvernement, qui ne juge visiblement même plus nécessaire de distribuer des os à ronger, est en train d’en enterrer toute possibilité dans l’indifférence générale).

Ce qui m’interpelle, c’est que sur tout ça, on ne voit pratiquement aucune réaction politique, si ce n’est celle des personnes trans elles-mêmes (et on sait ce que ça pèse) ou de vagues mentions du mot « transphobie » dans quelques tracts, mais ça reste toujours déconnecté d’une quelconque analyse de fond un peu fouillée. Jamais de rappel non plus de nos revendications et de nos luttes, comme si c’était hors de propos, que les personnes trans étaient une épine dans le pied embarrassante pour un peu tout le monde, militants comme universitaires. En gros, c’est tant mieux si on crève dans notre coin sans faire de bruit.

Vous trouvez que j’exagère ? Allez lire cette tribune merdique signée par une bande d’universitaires, qui défendent d’ailleurs moins un projet politique que leur outil de travail : http://www.lemonde.fr/idees/article/2014/02/06/theorie-du-genre-desolante-capitulation-gouvernementale_4361045_3232.html

Non seulement l’existence des personnes trans et de la transphobie se trouve complètement occultée, mais les auteurs vont jusqu’à écrire ça :

Enfin, loin d’affirmer qu’on pourrait devenir homme ou femme au gré de ses fantaisies, nos travaux soulignent la force d’inertie des normes qui assignent des places différentes selon un ordre sexuel hiérarchisé.

Donc, en gros, ce qui est acceptable, c’est de revendiquer une vague notion d’égalité, une lutte gentillette contre les « stéréotypes de genre », mais il ne faudrait pas aller trop loin dans ni dans la critique systémique, ni dans la volonté de détruire le système patriarcal. On vit dans « un monde d’hommes et de femmes », et en fait, tout le monde s’accorde sur le fait qu’il faut que ça continue, le désaccord portant sur la nécessité ou non d’une redistribution , d’un rééquilibrage. Mais quel que soit le point de vue (réac ou intello « pro-genre »), l’existence des personnes trans et de leurs luttes est problématique, elle constitue un excès gênant, indésirable, indéfendable, injustifiable.

La citation précédente est une belle tentative de se justifier et de regagner de la respectabilité. Dommage que ça revienne à invalider l’existence des personnes trans et à légitimer la transphobie. Il est évident que l’on se trouve face à une tentative de sauver les meubles, d’essayer de grapiller à qui de droit les dernières miettes de légitimité qu’on voudra bien nous jeter, quitte à laisser les personnes trans sur le carreau.

Dans le genre « défense moisie de la notion de genre », ça aussi m’a bien énervée : http://www.madmoizelle.com/gouvernement-recul-genre-trahison-229858

Bon, déjà, je n’ai pas besoin de m’étendre sur le fait que ça me fatigue de voir monter les supplications et implorations adressées aux dirigeants de l’ordre existant. Rien de très étonnant à entendre des réformistes geindre et appeler au vote après tout… Non, ce qui me saoûle suprêmement, c’est de lire ce genre de phrases :

Nous menaçons de construire une société dans laquelle les privilèges de genre auront disparu. Les filles pourront être fortes, curieuses, volontaires, inventives, ingénieuses, sans être jugées par rapport aux stéréotypes du genre féminin. Les garçons pourront être doux, attentifs, sages, émotifs, patients, sans être jugés par rapport aux stéréotypes du genre masculin. Les filles ET les garçons pourront choisir leurs études et leur profession indépendamment du fait d’être né•e fille ou garçon.

Donc déjà, pour qu’un projet féministe de société soit séduisant, il faut démontrer en quoi les garçons (donc : le groupe social dominant dans le système patriarcal) y gagneraient aussi. Chouette idée, je me demande pourquoi on n’a pas encore pensé à aller lutter contre le capitalisme en expliquant à des bourgeois qu’il seraient plus heureux sans propriété privée des moyens de production. Tout fiel mis à part (en vrai, je le sais qu’on n’a pas affaire ici à un site politisé influencé par le féminisme matérialiste révolutionnaire), ça me désespère complètement que même dans une optique de défense pseudo-féministe de la notion de genre, on n’a encore une fois ici aucune place faite à la dénonciation de la transphobie, aucune revendication d’une vie plus vivable pour les personnes trans.

On est juste en train de passer par pertes et profits, de voir nos luttes et nos existences être passées sous silence, mais c’est pas grave. Ce n’est pas comme si toute cette merde d’offensive facho et patriarcale, qui en a directement après nous, ça avait aussi des conséquences sur nos corps et nos vies, en termes de violences verbales et physiques, de précarité matérielle et affective, de dépossession de nos propres existences…

Au fond, ce qui me semble intéressant de chercher à construire, ce n’est pas une place et une visibilité pour les luttes trans qui soient complètement détachées de tout le reste. J’aimerais plutôt qu’on ait collectivement l’intelligence et l’intégrité de faire les connexions quand elles sont possibles et nécessaires. Je ne vais pas revenir sur les empoignades autour de la notion de genre, parce que ça me désole de voir que la défense d’un concept analytique est considéré en soi comme une lutte politique à part entière. Je voudrait plutôt donner l’exemple des récentes mobilisations en rapport à la défense de l’avortement.

Au cours des plus récentes mobilisations sur le sujet, j’ai pu lire sur des réseaux sociaux qu’il était cissexiste de parler de « droit des femmes » à propos d’avortement, parce que potentiellement des mecs trans sont concernés aussi, et donc qu’ils seraient invisibilisés. Déjà, petite parenthèse : historiquement, oui, la lutte pour l’avortement est une lutte menées par et pour des femmes, donc invisibiliser ça sous prétexte d’inclusion des personnes trans, j’ai du mal. Pour le coup, ça me paraît être typiquement un exemple de volonté d’ « inclusion » mal placée, ou plutôt mal dirigée. Une piste un peu plus intéressante serait pourtant de partir du fait que la lutte féministe contre l’appropriation de nos corps par l’Etat, les juges ou les médecins recoupe autant la question de l’accès à l’avortement que celle de la transition des personnes trans. Mais non, il faut croire que c’est trop demander à tout le monde que de simplement connecter les enjeux, ça doit être plus simple de penser les luttes isolément sans les relier à une pensée politique globale. De fait, ça rend plus facile d’en laisser certaines complètement sur le côté, comme on est en train d’en avoir la preuve.

J’imagine que je ne peux pas trop commencer sans fournir quelques éléments de compréhension, du style « qui est la personne qui parle ».

Je suis une femme trans, ce qui veut dire que j’ai été assignée M à la naissance, mais j’ai rectifié le tir en effectuant une transition à la fin de mon adolescence. J’ai maintenant une petite vingtaine, donc je vais mieux, merci.

Je suis hétérosexuelle, dans le sens où mes attirances amoureuses et sexuelles ont toujours été dirigées vers des garçons. Contrairement aux femmes cis, l’hétérosexualité ne m’est pas tombée dessus toute cuite, c’est un statut dans lequel je me suis retrouvée de fait après ma transition. Sans aller jusqu’à me jeter des fleurs et prétendre que du coup ça m’a vaccinée contre toute forme d’hétérosexisme, je pense que je ne n’aurais pas eu d’emblée la même distance critique par rapport à ma propre hétérosexualité si j’avais été une meuf cisgenre.

Du point de vue de mon expression de genre, j’adopte dans ma vie quotidienne des codes associés à l’hyper féminité. Ca a l’air anodin comme ça, mais en réalité ça me fait beaucoup cogiter, et il faudra que j’en parle une autre fois. En attendant je le dis là parce que ça peut être un peu éclairant sur tout ce dont j’ai l’intention de parler dans la suite de ce texte, même si je ne suis pas sûre d’arriver à intégrer ce paramètre dans ma réflexion aussi clairement que je le voudrais…

Je suis blanche et j’évolue dans des milieux qui sont fréquentés par une grande majorité de personnes blanches. Concrètement, une des conséquences directes de ça est qu’il est possible que certains passage de ce texte développent des analyses totalement ahurissantes du point de vue d’une personne non blanche, et à plus forte raison d’une personne féministe et/ou n’étant pas un mec hétéro cis.

Dernière chose, je suis féministe. Ca peut vous paraître saugrenu, rapport au fait que je suis trans, mais si c’est le cas vous êtes probablement Christine le Doaré, ce qui signifie que je me tape de votre avis. Toujours est il que je me retrouve politiquement dans les analyses féministes matérialistes et anarcha-féministes.

Femme trans & privilège hétéro

Nous vivons dans une société hétérosexiste, c’est-à-dire un système où l’hétérosexualité est la norme, et où les personnes qui en sortent se mangent de la répression (ce qu’on désigne couramment par les termes d’homophobie et de lesbophobie).

Dans cette société, l’hétérosexualité garantit objectivement l’accès à un certain nombre de privilèges, tels que pouvoir marcher dans la rue avec son partenaire sans craindre aucune violence verbale ou physique, pouvoir parler de sa vie amoureuse et sexuelle dans n’importe quel contexte sans que l’expression de son orientation sexuelle soit perçue comme un aveu ou une révélation particulièrement fracassante, ne pas craindre les violences et le rejet de sa famille, pouvoir suivre une scolarité et des études supérieures sans redouter le harcèlement et les violences, vivre avec la certitude de représenter le neutre et l’universel, ne jamais éprouver l’injonction à se nommer, donc profiter pleinement de l’évidence hétérosexuelle sans jamais ressentir le moindre besoin de la questionner. Par rapport à la lesbophobie plus spécifiquement, le fait d’être une femme hétérosexuelle épargne de nombreuses formes particulièrement pernicieuses et violentes d’exotisation, de harcèlement et de tentatives permanentes d’envahissement de l’intimité de la part des hommes hétérosexuels.

Je souhaite être claire : en écrivant ce texte, loin de moi l’idée de laisser entendre que sous prétexte que je ne suis pas cis, je ne bénéficierais pas des privilèges hétérosexuels. Ce n’est pas du tout mon propos. On parle de féminisme intersectionnel, notamment à partir du moment où on reconnaît le fait que subir une oppression particulière n’empêche pas d’être en situation de domination sur un autre axe d’oppression et donc de profiter des privilèges liés à ce statut. Je me reconnais dans cette démarche. Dans mon cas, il est indéniable que je retire, que je le veuille ou non, un confort matériel de ce privilège hétéro, et sans doute encore plus particulièrement au détriment des personnes trans homos : contrairement à ce que peuvent se prendre dans la gueule les lesbiennes trans et les mecs trans homos, personne n’aura l’idée de remettre en cause ma transition au motif de mon orientation sexuelle par exemple.

A la rigueur, on pourrait dire que mon privilège hétéro est un privilège conditionnel dans la mesure où je n’en profite que sous certaines réserves : par exemple, si un connard de rue capte une femme comme trans, décide de la réassigner au masculin pour l’humilier et la traite de pédé pour faire bonne mesure, je pense qu’on peut y voir aussi bien de la transphobie que de l’homophobie. Je pense qu’il existe sans doute d’autres facteurs qui sont susceptibles de remettre en question momentanément le privilège hétéro quand on est une femme trans.

Mais je ne pense pas que cela remette en cause fondamentalement l’analyse de mon hétérosexualité de femme trans sous le prisme du rapport de domination hétérosexiste. Comme j’essayais de l’expliquer un peu avant, la seule vraie différence par rapport aux personnes hétérosexuelles cis est que l’accès plus tardif au privilège hétéro me laisse peut-être un tout petit peu plus de chance de l’identifier, de le reconnaître et d’y être attentive que si j’en avais bénéficié depuis toujours. Après, j’ai conscience qu’une fois que j’ai dit ça je n’ai pas dit grand chose. Ce qui reste à faire, c’est d’essayer que ça fasse une réelle différence dans la pratique, en matière de solidarité concrète.

Les féministes et la critique de l’hétérosexualité

Un élément de réflexion qu’il me semble nécessaire de s’approprier, c’est la distinction courante entre deux niveaux de compréhension du terme « hétérosexualité ».

D’une part, il y a la critique féministe de l’hétérosexualité comme système politique qui créé les catégories sociales « hommes » et « femmes » ainsi que la domination du premier groupe sur le second, en rendant obligatoire la relation hétérosexuelle. Il s’agit d’une analyse que l’on doit aux féministes matérialistes et aux lesbiennes radicales. Cette analyse dépasse un premier niveau de compréhension du patriarcat et de l’oppression des femmes par les hommes : elle prend en effet en compte la répression particulière subie par les personnes qui sortent de l’hétérosexualité.

D’autre part, on trouve la remise en question de l’hétérosexualité en tant pratique individuelle, dont il me semble qu’il dérive logiquement de la première notion. Comment, en tant que féministe, peut-on en effet ne pas remettre en cause à un moment ou à un autre sa propre pratique hétérosexuelle dès lors qu’on s’est rendu compte que celle-ci va précisément le sens de la reconduction de l’organisation hétérosexiste et patriarcale de la société ? La question ne se pose pas dans le but d’affirmer qu’être hétéro c’est en soi « coucher avec l’ennemi ». C’est plutôt qu’en toute logique, sortir de l’hétérosexualité chacune de son côté, paraîtrait être la première étape vers l’autonomie des femmes et la possibilité pour chacune de vivre sa vie seulement pour elle-même, le premier pas nécessaire vers le bazardement de l’hétérosexualité en tant que système politique, et du patriarcat.

Là où je veux en venir, c’est qu’il est généralement de bon ton de dire que le féminisme s’attache à la critique du système politique hétérosexuel et surtout pas des pratiques individuelles, en clair qu’il n’est pas question de reprocher à qui que ce soit d’être hétéro, ou de laisser entendre qu’on ne peut pas être féministe tout en relationnant avec des gars.

J’avoue que je doute partiellement de la pertinence de cette démarche, parce qu’il faut bien être honnête : le féminisme suppose bel et bien de remettre directement en cause certaines pratiques liées à l’organisation hétérosexuelle des rapports sociaux, qui empêchent directement de créer des solidarités et de la camaraderie entre les femmes. Pour le dire plus clairement : oui, les féministes hétérosexuelles doivent se remettre en cause individuellement, doivent se questionner sérieusement sur le fait d’être hétérosexuelle, d’avoir choisi de le rester et surtout de continuer à relationner avec des hommes (en particulier cis). Ce serait, entre autres, un bon début pour mettre fin à l’invisibilisation des lesbiennes dans les mouvements féministes.

Une parenthèse pour signaler que c’est bien sûr loin d’être le seul obstacle susceptible d’empêcher de créer de la camaraderie féministe : j’évoquais plus haut le féminisme intersectionnel, et là par exemple c’est le moment de rappeler qu’au sein même du groupe social dominé au sein du patriarcat (c’est-à-dire , la classe des femmes), il existe d’autres rapports de domination, notamment sur les axes de race et de classe sociale, et donc bien sûr par exemple le racisme des femmes blanches est aussi un facteur qui brise les possibilités de solidarité féministe.

Je maintiens en tout cas qu’il existe des pratiques individuelles, liées à la reconduction de l’ordre hétérosexuel, qu’on ne peut pas manquer de soumettre à une critique féministe sous prétexte qu’on ne s’intéresserait qu’à des rapports sociaux systémiques. Alors oui, évidemment ces pratiques sont en elles-mêmes des constructions sociales issues d’un système, mais du coup quel est le plan sur lequel on peut s’y attaquer si ce n’est celui de nos interactions quotidiennes, hein ?

Les deux exemples qui me viennent en tête sont la concurrence entre meufs et la complaisance envers la misogynie, le sexisme, la transphobie, la lesbophobie et la transmisogynie des mecs (particulièrement hétéros cis).

Naturellement, certaines de ces pratiques relèvent de stratégies de survie propres aux dominées, dans une logique qui est celle de la préservation d’une place un peu moins merdique auprès des dominants au sein du système hétérosexuel. Certaines meufs en tirent un bénéfice matériel, bien qu’une telle place reste toujours plus ou moins précaire. Sauf que quand d’autres femmes se retrouvent privées de l’accès à l’une de ces multiples stratégies pour X raison, qu’elles soient lesbiennes, trans, racisées, voilées, trop féminines, trop masculines, trop grosses, trop vieilles, pas assez valides… et se retrouvent, elles, bel et bien trashées, minorisées, agressées, isolées, humiliées, privées de ressources et marginalisées, peut être que le temps est venu de revoir ses priorités personnelles.

Attention, je ne dis pas que les féministes hétérosexuelles cis sont forcément moins radicales ou transigeraient nécessairement plus que les autres pour préserver leur place auprès des hommes. J’en connais certaines qui sont très bien. Mais j’ai quand même déjà assisté à des choses qui me font vraiment vriller, notamment dans certains milieux militants pseudo-alternos où la place des féministes est tellement précaire que certaines meufs préfèrent pratiquer la complaisance envers des agresseurs sexistes et lesbophobes, parce qu’il vaut mieux ça que perdre sa place auprès des hommes, ainsi que son accès aux relations sexuelles et amoureuses avec eux. A ces meufs-là, j’ai souvent envie de crier de déserter et de laisser crever ces connards.

Les limites des analyses féministes cis-centrées

Je suis évidemment loin d’être la première féministe à m’interroger individuellement sur la possibilité ou non de vivre une hétérosexualité qui soit un minimum cohérente avec son féminisme. Ce qui fait la différence, de mon point de vue, c’est qu’il me semble que les problématiques que rencontrent les féministes cis au sujet de leur hétérosexualité ne sont pas les mêmes que les miennes. Evidemment, il peut y en avoir en commun, mais être une femme trans rend forcément les choses plus compliquées (c’est amusant de se dire que cette dernière phrase est sans doute vraie dans à peu près tous les contextes). Je n’ai pas le même rapport aux hommes, je n’ai pas le même rapport à la sexualité. Cela implique des parcours et des expériences étrangers aux vécus des féministes cis, qui ne risquent donc pas de les prendre en compte dans leurs propres analyses de l’hétérosexualité. Voilà bien ce qui me pousse à essayer de démêler tout ça par et pour moi-même.

L’air de rien, j’ai l’impression d’être relativement isolée sur ces questionnements, vu que pratiquement toutes les féministes trans que je connais (en tout cas directement) ont la classe absolue et sont donc lesbiennes. Quand je parle de relatif isolement, ça ne veut pas dire que je n’ai jamais eu l’opportunité d’échanger avec elles là-dessus du tout, plutôt que je ne me vois pas aller les faire chier toutes les deux secondes avec mes problèmes d’hétéro reloue, pour la bonne raison qu’elles dealent déjà de leur côté avec le sexisme, la misogynie, la transphobie, la transmisogynie ET la lesbophobie. Même si en vrai je fais quand même un peu ça des fois auprès des copines, maintenant que j’y pense, mais je digresse.

Toujours est-il que je tiens à préciser que les pistes de réflexion qui suivent partent simplement de ce que je vis. Je ne prétends pas élaborer de la théorie politique, ni proposer une analyse qui soit valable pour une quelconque personne autre que moi-même, et j’espère d’ailleurs que d’éventuelles autres meufs trans qui seraient confrontées aux mêmes problématiques auront d’autres réponses plus optimistes aux questions que je me pose.

Ma place de femme trans dans le système hétérosexuel

Hypersexualisation et « stigmate de la putain »

D’après mes observations, être une femme trans dans cette société revient un peu à être une sorte de licorne sexuelle. Je veux dire par là que dans l’esprit d’un nombre encore tristement élevé de gens, les femmes trans sont des créatures fantasmatiques qui n’existent que dans les films pornographiques et les allées du bois de Boulogne une fois la nuit tombée (la forêt, la nuit, vous voyez bien qu’elle n’était pas tellement à côté de la plaque ma métaphore des licornes).

Tout ça est finalement très logique : pendant très longtemps, la pornographie et la prostitution était les deux registres où était cantonnée toute possibilité pour les femmes trans d’exister et d’être visible. Ceci est lié à deux paramètres. Le premier, sur lequel nous ne ferons que passer, ce sont les conditions matérielles de survie infligées aux femmes trans par la société. La seconde est l’hypersexualisation des femmes trans, c’est ce qui nous intéresse.

Concrètement, cette hypersexualisation est due à un ensemble de représentations exotisantes : les femmes trans seraient avides de sexe, et nécessairement hyper féminines (« plus femmes que les femmes » vous diront les amateurs de porno trans, ainsi que pas mal de clients de travailleuses du sexe trans). Et quand on investit effectivement des formes de féminités poussées, on se retrouve à nouveau à être d’autant plus perçue comme ultra sexuelle (tout comme les femmes cis féminines, mais avec l’exotisation spécifiquement cissexiste en plus). Bien sûr, personne n’irait imaginer qu’on puisse explorer ces codes de la féminité dans un autre but que d’entrer dans des rapports de séduction avec des mecs hétéros cis. Il est tout de même affolant de constater qu’il y a plus de gens prêts à croire à un complot reptilien plutôt qu’en l’existence des fems trans.

La répercussion concrète de tout ça dans ma vie, c’est qu’auprès des hommes hétérosexuels, ma féminité agressive conjuguée à mon statut de femme trans me range illico hors de la catégorie des meufs respectables (fameux stigmate de la putain), avec qui l’on sort ou que l’on présente à sa famille. Je ne sais pas comment le formuler de façon élégante, mais en un mot je ne suis pas assumable socialement par un mec hétéro cis.

Cela dit, il se trouve que je suis également jeune, mince et valide. J’ai donc assurément encore une place auprès des hommes hétérosexuels, c’est-à-dire celle du fantasme exotique, assouvi en cachette, ou, au mieux, de relation exclusivement sexuelle avec des mecs qui considèrent le fait que je suis trans comme une opportunité fortuite (« ça change ») ou comme un détail sans importance particulière, vu qu’ils n’envisagent de dealer avec ça qu’à très court terme, si vous voyez ce que je veux dire.

Une place de seconde zone sur le marché hétérosexuel

La précarité affective et l’injonction à la disponibilité sexuelle ne sont pas exclusivement le lot des femmes trans, même si on est plutôt bien placées pour en parler. C’est le lot de toutes celles dont la valeur d’échange sur le fameux « marché à la bonne meuf » est diminuée, c’est-à-dire celles qui ne sont pas à la fois jeunes, minces, blanches, valides, cis, sur une féminité « ni trop ni trop peu », etc. Ce que je constate, c’est que moins on satisfait à ces critères, c’est-à-dire plus on subit déjà d’oppressions, plus on subit l’injonction à être disponible sexuellement : « estime-toi heureuse que je te drague », « tu ne peux pas trop te permettre de faire ta difficile »… et plus on est exposée à diverses formes de violences.

Je pense que c’est effectivement cette question de la précarité matérielle et affective, en lien avec des mécanismes plus spécifiquement transphobes, qui fait que les femmes trans sont exposées à des risques accrus de violences verbales, physiques, de viols et d’agressions sexuelles, y compris de la part de leurs partenaires. La question des ressources matérielles et affectives, encore plus restreintes pour les femmes trans que pour les femmes cis, entre en ligne de compte si on veut comprendre la vulnérabilité particulière des femmes trans.

J’ai déjà parlé plus haut de la notion d’exotisation, qui fait que les femmes trans sont perçues comme des créatures fantasmatiques et pas comme des personnes à part entière. Relativement à ce que je viens juste d’expliquer, je dirai que c’est cette notion qui explique le fait que par rapport à des copines cis, j’ai régulièrement l’impression que la drague lourde que je peux subir est d’une certaine façon plus agressive, s’embarrasse de moins de précautions pour essayer de masquer que je suis momentanément réduite à l’état d’objet. J’avoue que je ne sais pas si cela tient exclusivement au fait d’être trans (par exemple dans le cas de la drague de rue je ne pense vraiment pas être systématiquement captée comme telle, donc il y a des moments où ça ne rentre pas en ligne de compte) ou plutôt à cette histoire de respectabilité, auquel cas ça aurait plutôt à voir avec la façon dont j’exprime une forme d’hyper féminité.

Ce que je fais de tout ça

Dans ma vie quotidienne, tout ce que je viens d’essayer de décrire entraîne différentes répercussions.

La première, c’est que le fait de vivre des relations amoureuses avec des hommes hétérosexuels cis n’est pas une option pour moi. Le peu de marge de manoeuvre que je pourrais encore avoir sur ce marché de l’hétérosexualité est définitivement balayé par mon féminisme : d’une part, ça fait fuir les derniers candidats éventuels, d’autre part cela impliquerait trop de concessions. Ben oui : une femme cis peut se permettre d’être (gentiment) féministe sans encore trop déroger aux critères hétérosexuels de la fameuse « bonne meuf ». Etant trans, ce n’est pas mon cas : si je voulais être acceptable, accéder à l’insigne privilège d’une relation hétérosexuelle avec un homme cis, je pense que j’aurais plutôt intérêt à être prête à laver ses chaussettes. Or je n’ai pas envie de transiger sur mon féminisme.

De la même manière, je tiens à privilégier avant tout la sociabilité que j’entretiens avec d’autres meufs, d’autres féministes, lesbiennes ou hétérosexuelles, trans ou cis. Le fait de partager de la proximité et de l’intimité avec des hommes (surtout hétéros cis) vient clairement au second plan pour moi. Quand j’y pense, vous pourriez compter le nombre d’hommes hétérosexuels qui ont une réelle importance dans ma vie sur les doigts d’une main. Et encore, vous pourriez vous permettre d’avoir préalablement coupé quelques doigts au hachoir à persil.

Donc, voilà à quoi ça se résume pour moi : j’ai couché avec un certain nombre de mecs hétéros cis depuis ma transition, tandis que dans le même temps je n’ai jamais eu la moindre relation sentimentale. Je ne peux pas vraiment dire que j’en souffre, parce que l’idée en soi de me retrouver en couple hétérosexuel ne me dit rien, et aussi parce qu’il faut bien avouer qu’aucun de ces types ne m’aurait jamais vraiment donné envie de lui faire une place dans ma vie.

Quant au fait d’éprouver des sentiments amoureux, les rares fois où ça m’est arrivé (je compte aussi mes deux crushes de lycéenne, histoire de pouvoir mettre un pluriel), ça a été plus pénible à vivre qu’autre chose. Je crois que je préfère éviter de réitérer l’expérience.

Tout compte fait, ça ne me va pas si mal d’être complètement nulle comme hétérosexuelle, et de participer activement à ma propre exclusion de la foire aux relations amoureuses. Je crois que de toute façon ce n’est pas mon truc, à supposer que ça puisse vraiment être le truc de qui que ce soit. Et pas plutôt une injonction sociale en forme de gigantesque arnaque merdique.