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Une très courte note sur un problème posé par une dénomination de non-mixité : la non-mixité « meufs / gouines / trans ».

Il s’agit d’une formulation de plus en plus fréquente dans le paysage féministe « alterno ». Cette non-mixité s’applique à de nombreux collectifs, lieux et événements. Sauf que l’intituler de cette façon, ça craint.

Parler des personnes trans en les séparant des femmes et des gouines/lesbiennes, ça sous-entend en premier lieu qu’aucune femme ou gouine/lesbienne n’est trans, que ces catégories sont  distinctes les unes des autres et mutuellement exclusives.

Or, il y a beaucoup de femmes trans, de lesbiennes trans qui ne se définissent pas seulement (voire pas du tout) par rapport au fait d’être trans, et/ou qui préfèrent plutôt mettre en avant leur statut social de femme ou de lesbienne, pour des raisons qui ne regardent qu’elles.

Cette formulation a aussi le désavantage majeur de confondre artificiellement hommes trans et femmes trans en une catégorie homogène, comme si on avait tout à fait le même vécu et la même place dans la société du fait d’être trans. Alors qu’en temps que femme trans, j’ai un vécu quotidien souvent plus proche de celui d’une autre femme, même cis, que de celui d’un mec, même trans.

Faire de cette manière abstraction des rapports sociaux de sexe en assignant d’office les personnes trans à un prétendu « au-delà du genre », c’est transphobe, mais c’est aussi et surtout une erreur politique.

Pour une formulation plus respectueuse, et aussi plus claire :

-> non-mixité femmes (cis et trans), lesbiennes (cis et trans) et mecs trans

(c’est quand même très long)

Plus simple :

-> non-mixité sans mec cis (c’est-à-dire sans les personnes assignées au genre masculin à la naissance et ayant choisi d’y rester)

-> Pour une non-mixité sans mec tout court il suffira de dire « non-mixité lesbiennes et femmes (cis et trans) ».

Bien sûr, le vocabulaire ne fait que traduire des rapports sociaux et des problèmes politiques plus profonds.  Ce qui m’agace fondamentalement dans toute cette histoire, c’est que l’inclusion systématique des hommes trans aille de plus en plus de soi dans des espaces féministes alternoïdes qui se déclarent pourtant non-mixtes. J’essaierai de revenir bientôt en détail là-dessus.

En attenant je vous conseille de poursuivre la réflexion en allant lire cet article chez la Petite Murène, même si je ne suis pas d’accord avec tout : http://lapetitemurene.over-blog.com/pages/meufs-gouines-t-oups-l-auto-arnaque-du-genre-en-milieu-feministe-f-t-s-inclusives-radfem-9011476.html

Edit : allez aussi lire cette note chez Liz Kro