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J’imagine que je ne peux pas trop commencer sans fournir quelques éléments de compréhension, du style « qui est la personne qui parle ».

Je suis une femme trans, ce qui veut dire que j’ai été assignée M à la naissance, mais j’ai rectifié le tir en effectuant une transition à la fin de mon adolescence. J’ai maintenant une petite vingtaine, donc je vais mieux, merci.

Je suis hétérosexuelle, dans le sens où mes attirances amoureuses et sexuelles ont toujours été dirigées vers des garçons. Contrairement aux femmes cis, l’hétérosexualité ne m’est pas tombée dessus toute cuite, c’est un statut dans lequel je me suis retrouvée de fait après ma transition. Sans aller jusqu’à me jeter des fleurs et prétendre que du coup ça m’a vaccinée contre toute forme d’hétérosexisme, je pense que je ne n’aurais pas eu d’emblée la même distance critique par rapport à ma propre hétérosexualité si j’avais été une meuf cisgenre.

Du point de vue de mon expression de genre, j’adopte dans ma vie quotidienne des codes associés à l’hyper féminité. Ca a l’air anodin comme ça, mais en réalité ça me fait beaucoup cogiter, et il faudra que j’en parle une autre fois. En attendant je le dis là parce que ça peut être un peu éclairant sur tout ce dont j’ai l’intention de parler dans la suite de ce texte, même si je ne suis pas sûre d’arriver à intégrer ce paramètre dans ma réflexion aussi clairement que je le voudrais…

Je suis blanche et j’évolue dans des milieux qui sont fréquentés par une grande majorité de personnes blanches. Concrètement, une des conséquences directes de ça est qu’il est possible que certains passage de ce texte développent des analyses totalement ahurissantes du point de vue d’une personne non blanche, et à plus forte raison d’une personne féministe et/ou n’étant pas un mec hétéro cis.

Dernière chose, je suis féministe. Ca peut vous paraître saugrenu, rapport au fait que je suis trans, mais si c’est le cas vous êtes probablement Christine le Doaré, ce qui signifie que je me tape de votre avis. Toujours est il que je me retrouve politiquement dans les analyses féministes matérialistes et anarcha-féministes.

Femme trans & privilège hétéro

Nous vivons dans une société hétérosexiste, c’est-à-dire un système où l’hétérosexualité est la norme, et où les personnes qui en sortent se mangent de la répression (ce qu’on désigne couramment par les termes d’homophobie et de lesbophobie).

Dans cette société, l’hétérosexualité garantit objectivement l’accès à un certain nombre de privilèges, tels que pouvoir marcher dans la rue avec son partenaire sans craindre aucune violence verbale ou physique, pouvoir parler de sa vie amoureuse et sexuelle dans n’importe quel contexte sans que l’expression de son orientation sexuelle soit perçue comme un aveu ou une révélation particulièrement fracassante, ne pas craindre les violences et le rejet de sa famille, pouvoir suivre une scolarité et des études supérieures sans redouter le harcèlement et les violences, vivre avec la certitude de représenter le neutre et l’universel, ne jamais éprouver l’injonction à se nommer, donc profiter pleinement de l’évidence hétérosexuelle sans jamais ressentir le moindre besoin de la questionner. Par rapport à la lesbophobie plus spécifiquement, le fait d’être une femme hétérosexuelle épargne de nombreuses formes particulièrement pernicieuses et violentes d’exotisation, de harcèlement et de tentatives permanentes d’envahissement de l’intimité de la part des hommes hétérosexuels.

Je souhaite être claire : en écrivant ce texte, loin de moi l’idée de laisser entendre que sous prétexte que je ne suis pas cis, je ne bénéficierais pas des privilèges hétérosexuels. Ce n’est pas du tout mon propos. On parle de féminisme intersectionnel, notamment à partir du moment où on reconnaît le fait que subir une oppression particulière n’empêche pas d’être en situation de domination sur un autre axe d’oppression et donc de profiter des privilèges liés à ce statut. Je me reconnais dans cette démarche. Dans mon cas, il est indéniable que je retire, que je le veuille ou non, un confort matériel de ce privilège hétéro, et sans doute encore plus particulièrement au détriment des personnes trans homos : contrairement à ce que peuvent se prendre dans la gueule les lesbiennes trans et les mecs trans homos, personne n’aura l’idée de remettre en cause ma transition au motif de mon orientation sexuelle par exemple.

A la rigueur, on pourrait dire que mon privilège hétéro est un privilège conditionnel dans la mesure où je n’en profite que sous certaines réserves : par exemple, si un connard de rue capte une femme comme trans, décide de la réassigner au masculin pour l’humilier et la traite de pédé pour faire bonne mesure, je pense qu’on peut y voir aussi bien de la transphobie que de l’homophobie. Je pense qu’il existe sans doute d’autres facteurs qui sont susceptibles de remettre en question momentanément le privilège hétéro quand on est une femme trans.

Mais je ne pense pas que cela remette en cause fondamentalement l’analyse de mon hétérosexualité de femme trans sous le prisme du rapport de domination hétérosexiste. Comme j’essayais de l’expliquer un peu avant, la seule vraie différence par rapport aux personnes hétérosexuelles cis est que l’accès plus tardif au privilège hétéro me laisse peut-être un tout petit peu plus de chance de l’identifier, de le reconnaître et d’y être attentive que si j’en avais bénéficié depuis toujours. Après, j’ai conscience qu’une fois que j’ai dit ça je n’ai pas dit grand chose. Ce qui reste à faire, c’est d’essayer que ça fasse une réelle différence dans la pratique, en matière de solidarité concrète.

Les féministes et la critique de l’hétérosexualité

Un élément de réflexion qu’il me semble nécessaire de s’approprier, c’est la distinction courante entre deux niveaux de compréhension du terme « hétérosexualité ».

D’une part, il y a la critique féministe de l’hétérosexualité comme système politique qui créé les catégories sociales « hommes » et « femmes » ainsi que la domination du premier groupe sur le second, en rendant obligatoire la relation hétérosexuelle. Il s’agit d’une analyse que l’on doit aux féministes matérialistes et aux lesbiennes radicales. Cette analyse dépasse un premier niveau de compréhension du patriarcat et de l’oppression des femmes par les hommes : elle prend en effet en compte la répression particulière subie par les personnes qui sortent de l’hétérosexualité.

D’autre part, on trouve la remise en question de l’hétérosexualité en tant pratique individuelle, dont il me semble qu’il dérive logiquement de la première notion. Comment, en tant que féministe, peut-on en effet ne pas remettre en cause à un moment ou à un autre sa propre pratique hétérosexuelle dès lors qu’on s’est rendu compte que celle-ci va précisément le sens de la reconduction de l’organisation hétérosexiste et patriarcale de la société ? La question ne se pose pas dans le but d’affirmer qu’être hétéro c’est en soi « coucher avec l’ennemi ». C’est plutôt qu’en toute logique, sortir de l’hétérosexualité chacune de son côté, paraîtrait être la première étape vers l’autonomie des femmes et la possibilité pour chacune de vivre sa vie seulement pour elle-même, le premier pas nécessaire vers le bazardement de l’hétérosexualité en tant que système politique, et du patriarcat.

Là où je veux en venir, c’est qu’il est généralement de bon ton de dire que le féminisme s’attache à la critique du système politique hétérosexuel et surtout pas des pratiques individuelles, en clair qu’il n’est pas question de reprocher à qui que ce soit d’être hétéro, ou de laisser entendre qu’on ne peut pas être féministe tout en relationnant avec des gars.

J’avoue que je doute partiellement de la pertinence de cette démarche, parce qu’il faut bien être honnête : le féminisme suppose bel et bien de remettre directement en cause certaines pratiques liées à l’organisation hétérosexuelle des rapports sociaux, qui empêchent directement de créer des solidarités et de la camaraderie entre les femmes. Pour le dire plus clairement : oui, les féministes hétérosexuelles doivent se remettre en cause individuellement, doivent se questionner sérieusement sur le fait d’être hétérosexuelle, d’avoir choisi de le rester et surtout de continuer à relationner avec des hommes (en particulier cis). Ce serait, entre autres, un bon début pour mettre fin à l’invisibilisation des lesbiennes dans les mouvements féministes.

Une parenthèse pour signaler que c’est bien sûr loin d’être le seul obstacle susceptible d’empêcher de créer de la camaraderie féministe : j’évoquais plus haut le féminisme intersectionnel, et là par exemple c’est le moment de rappeler qu’au sein même du groupe social dominé au sein du patriarcat (c’est-à-dire , la classe des femmes), il existe d’autres rapports de domination, notamment sur les axes de race et de classe sociale, et donc bien sûr par exemple le racisme des femmes blanches est aussi un facteur qui brise les possibilités de solidarité féministe.

Je maintiens en tout cas qu’il existe des pratiques individuelles, liées à la reconduction de l’ordre hétérosexuel, qu’on ne peut pas manquer de soumettre à une critique féministe sous prétexte qu’on ne s’intéresserait qu’à des rapports sociaux systémiques. Alors oui, évidemment ces pratiques sont en elles-mêmes des constructions sociales issues d’un système, mais du coup quel est le plan sur lequel on peut s’y attaquer si ce n’est celui de nos interactions quotidiennes, hein ?

Les deux exemples qui me viennent en tête sont la concurrence entre meufs et la complaisance envers la misogynie, le sexisme, la transphobie, la lesbophobie et la transmisogynie des mecs (particulièrement hétéros cis).

Naturellement, certaines de ces pratiques relèvent de stratégies de survie propres aux dominées, dans une logique qui est celle de la préservation d’une place un peu moins merdique auprès des dominants au sein du système hétérosexuel. Certaines meufs en tirent un bénéfice matériel, bien qu’une telle place reste toujours plus ou moins précaire. Sauf que quand d’autres femmes se retrouvent privées de l’accès à l’une de ces multiples stratégies pour X raison, qu’elles soient lesbiennes, trans, racisées, voilées, trop féminines, trop masculines, trop grosses, trop vieilles, pas assez valides… et se retrouvent, elles, bel et bien trashées, minorisées, agressées, isolées, humiliées, privées de ressources et marginalisées, peut être que le temps est venu de revoir ses priorités personnelles.

Attention, je ne dis pas que les féministes hétérosexuelles cis sont forcément moins radicales ou transigeraient nécessairement plus que les autres pour préserver leur place auprès des hommes. J’en connais certaines qui sont très bien. Mais j’ai quand même déjà assisté à des choses qui me font vraiment vriller, notamment dans certains milieux militants pseudo-alternos où la place des féministes est tellement précaire que certaines meufs préfèrent pratiquer la complaisance envers des agresseurs sexistes et lesbophobes, parce qu’il vaut mieux ça que perdre sa place auprès des hommes, ainsi que son accès aux relations sexuelles et amoureuses avec eux. A ces meufs-là, j’ai souvent envie de crier de déserter et de laisser crever ces connards.

Les limites des analyses féministes cis-centrées

Je suis évidemment loin d’être la première féministe à m’interroger individuellement sur la possibilité ou non de vivre une hétérosexualité qui soit un minimum cohérente avec son féminisme. Ce qui fait la différence, de mon point de vue, c’est qu’il me semble que les problématiques que rencontrent les féministes cis au sujet de leur hétérosexualité ne sont pas les mêmes que les miennes. Evidemment, il peut y en avoir en commun, mais être une femme trans rend forcément les choses plus compliquées (c’est amusant de se dire que cette dernière phrase est sans doute vraie dans à peu près tous les contextes). Je n’ai pas le même rapport aux hommes, je n’ai pas le même rapport à la sexualité. Cela implique des parcours et des expériences étrangers aux vécus des féministes cis, qui ne risquent donc pas de les prendre en compte dans leurs propres analyses de l’hétérosexualité. Voilà bien ce qui me pousse à essayer de démêler tout ça par et pour moi-même.

L’air de rien, j’ai l’impression d’être relativement isolée sur ces questionnements, vu que pratiquement toutes les féministes trans que je connais (en tout cas directement) ont la classe absolue et sont donc lesbiennes. Quand je parle de relatif isolement, ça ne veut pas dire que je n’ai jamais eu l’opportunité d’échanger avec elles là-dessus du tout, plutôt que je ne me vois pas aller les faire chier toutes les deux secondes avec mes problèmes d’hétéro reloue, pour la bonne raison qu’elles dealent déjà de leur côté avec le sexisme, la misogynie, la transphobie, la transmisogynie ET la lesbophobie. Même si en vrai je fais quand même un peu ça des fois auprès des copines, maintenant que j’y pense, mais je digresse.

Toujours est-il que je tiens à préciser que les pistes de réflexion qui suivent partent simplement de ce que je vis. Je ne prétends pas élaborer de la théorie politique, ni proposer une analyse qui soit valable pour une quelconque personne autre que moi-même, et j’espère d’ailleurs que d’éventuelles autres meufs trans qui seraient confrontées aux mêmes problématiques auront d’autres réponses plus optimistes aux questions que je me pose.

Ma place de femme trans dans le système hétérosexuel

Hypersexualisation et « stigmate de la putain »

D’après mes observations, être une femme trans dans cette société revient un peu à être une sorte de licorne sexuelle. Je veux dire par là que dans l’esprit d’un nombre encore tristement élevé de gens, les femmes trans sont des créatures fantasmatiques qui n’existent que dans les films pornographiques et les allées du bois de Boulogne une fois la nuit tombée (la forêt, la nuit, vous voyez bien qu’elle n’était pas tellement à côté de la plaque ma métaphore des licornes).

Tout ça est finalement très logique : pendant très longtemps, la pornographie et la prostitution était les deux registres où était cantonnée toute possibilité pour les femmes trans d’exister et d’être visible. Ceci est lié à deux paramètres. Le premier, sur lequel nous ne ferons que passer, ce sont les conditions matérielles de survie infligées aux femmes trans par la société. La seconde est l’hypersexualisation des femmes trans, c’est ce qui nous intéresse.

Concrètement, cette hypersexualisation est due à un ensemble de représentations exotisantes : les femmes trans seraient avides de sexe, et nécessairement hyper féminines (« plus femmes que les femmes » vous diront les amateurs de porno trans, ainsi que pas mal de clients de travailleuses du sexe trans). Et quand on investit effectivement des formes de féminités poussées, on se retrouve à nouveau à être d’autant plus perçue comme ultra sexuelle (tout comme les femmes cis féminines, mais avec l’exotisation spécifiquement cissexiste en plus). Bien sûr, personne n’irait imaginer qu’on puisse explorer ces codes de la féminité dans un autre but que d’entrer dans des rapports de séduction avec des mecs hétéros cis. Il est tout de même affolant de constater qu’il y a plus de gens prêts à croire à un complot reptilien plutôt qu’en l’existence des fems trans.

La répercussion concrète de tout ça dans ma vie, c’est qu’auprès des hommes hétérosexuels, ma féminité agressive conjuguée à mon statut de femme trans me range illico hors de la catégorie des meufs respectables (fameux stigmate de la putain), avec qui l’on sort ou que l’on présente à sa famille. Je ne sais pas comment le formuler de façon élégante, mais en un mot je ne suis pas assumable socialement par un mec hétéro cis.

Cela dit, il se trouve que je suis également jeune, mince et valide. J’ai donc assurément encore une place auprès des hommes hétérosexuels, c’est-à-dire celle du fantasme exotique, assouvi en cachette, ou, au mieux, de relation exclusivement sexuelle avec des mecs qui considèrent le fait que je suis trans comme une opportunité fortuite (« ça change ») ou comme un détail sans importance particulière, vu qu’ils n’envisagent de dealer avec ça qu’à très court terme, si vous voyez ce que je veux dire.

Une place de seconde zone sur le marché hétérosexuel

La précarité affective et l’injonction à la disponibilité sexuelle ne sont pas exclusivement le lot des femmes trans, même si on est plutôt bien placées pour en parler. C’est le lot de toutes celles dont la valeur d’échange sur le fameux « marché à la bonne meuf » est diminuée, c’est-à-dire celles qui ne sont pas à la fois jeunes, minces, blanches, valides, cis, sur une féminité « ni trop ni trop peu », etc. Ce que je constate, c’est que moins on satisfait à ces critères, c’est-à-dire plus on subit déjà d’oppressions, plus on subit l’injonction à être disponible sexuellement : « estime-toi heureuse que je te drague », « tu ne peux pas trop te permettre de faire ta difficile »… et plus on est exposée à diverses formes de violences.

Je pense que c’est effectivement cette question de la précarité matérielle et affective, en lien avec des mécanismes plus spécifiquement transphobes, qui fait que les femmes trans sont exposées à des risques accrus de violences verbales, physiques, de viols et d’agressions sexuelles, y compris de la part de leurs partenaires. La question des ressources matérielles et affectives, encore plus restreintes pour les femmes trans que pour les femmes cis, entre en ligne de compte si on veut comprendre la vulnérabilité particulière des femmes trans.

J’ai déjà parlé plus haut de la notion d’exotisation, qui fait que les femmes trans sont perçues comme des créatures fantasmatiques et pas comme des personnes à part entière. Relativement à ce que je viens juste d’expliquer, je dirai que c’est cette notion qui explique le fait que par rapport à des copines cis, j’ai régulièrement l’impression que la drague lourde que je peux subir est d’une certaine façon plus agressive, s’embarrasse de moins de précautions pour essayer de masquer que je suis momentanément réduite à l’état d’objet. J’avoue que je ne sais pas si cela tient exclusivement au fait d’être trans (par exemple dans le cas de la drague de rue je ne pense vraiment pas être systématiquement captée comme telle, donc il y a des moments où ça ne rentre pas en ligne de compte) ou plutôt à cette histoire de respectabilité, auquel cas ça aurait plutôt à voir avec la façon dont j’exprime une forme d’hyper féminité.

Ce que je fais de tout ça

Dans ma vie quotidienne, tout ce que je viens d’essayer de décrire entraîne différentes répercussions.

La première, c’est que le fait de vivre des relations amoureuses avec des hommes hétérosexuels cis n’est pas une option pour moi. Le peu de marge de manoeuvre que je pourrais encore avoir sur ce marché de l’hétérosexualité est définitivement balayé par mon féminisme : d’une part, ça fait fuir les derniers candidats éventuels, d’autre part cela impliquerait trop de concessions. Ben oui : une femme cis peut se permettre d’être (gentiment) féministe sans encore trop déroger aux critères hétérosexuels de la fameuse « bonne meuf ». Etant trans, ce n’est pas mon cas : si je voulais être acceptable, accéder à l’insigne privilège d’une relation hétérosexuelle avec un homme cis, je pense que j’aurais plutôt intérêt à être prête à laver ses chaussettes. Or je n’ai pas envie de transiger sur mon féminisme.

De la même manière, je tiens à privilégier avant tout la sociabilité que j’entretiens avec d’autres meufs, d’autres féministes, lesbiennes ou hétérosexuelles, trans ou cis. Le fait de partager de la proximité et de l’intimité avec des hommes (surtout hétéros cis) vient clairement au second plan pour moi. Quand j’y pense, vous pourriez compter le nombre d’hommes hétérosexuels qui ont une réelle importance dans ma vie sur les doigts d’une main. Et encore, vous pourriez vous permettre d’avoir préalablement coupé quelques doigts au hachoir à persil.

Donc, voilà à quoi ça se résume pour moi : j’ai couché avec un certain nombre de mecs hétéros cis depuis ma transition, tandis que dans le même temps je n’ai jamais eu la moindre relation sentimentale. Je ne peux pas vraiment dire que j’en souffre, parce que l’idée en soi de me retrouver en couple hétérosexuel ne me dit rien, et aussi parce qu’il faut bien avouer qu’aucun de ces types ne m’aurait jamais vraiment donné envie de lui faire une place dans ma vie.

Quant au fait d’éprouver des sentiments amoureux, les rares fois où ça m’est arrivé (je compte aussi mes deux crushes de lycéenne, histoire de pouvoir mettre un pluriel), ça a été plus pénible à vivre qu’autre chose. Je crois que je préfère éviter de réitérer l’expérience.

Tout compte fait, ça ne me va pas si mal d’être complètement nulle comme hétérosexuelle, et de participer activement à ma propre exclusion de la foire aux relations amoureuses. Je crois que de toute façon ce n’est pas mon truc, à supposer que ça puisse vraiment être le truc de qui que ce soit. Et pas plutôt une injonction sociale en forme de gigantesque arnaque merdique.

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